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🇭đŸ‡č HaitĂ­lunes, 12 de octubre de 2026

La couverture Ă©trangĂšre d’HaĂŻti, ce matin, tient en quatre dĂ©pĂȘches et un aveu. L’aveu est dans le titre lui-mĂȘme : quand la promesse d’une solution dirigĂ©e par les HaĂŻtiens commence Ă  s’estomper. VoilĂ  une formulation qui mĂ©rite qu’on s’y arrĂȘte, car elle dit moins sur HaĂŻti que sur ceux qui l’observent. La formule « dirigĂ©e par les HaĂŻtiens » a longtemps servi de sĂ©same diplomatique, de formule rituelle prononcĂ©e dans les chancelleries pour justifier l’attente, le retrait, l’absence de dĂ©cision. Qu’elle « commence Ă  s’estomper » signifie probablement que ceux qui l’employaient envisagent dĂ©sormais de la remplacer par autre chose — sans que l’on sache quoi. Le titre ne le dit pas. Il constate l’usure d’un slogan, pas la naissance d’une politique.

À cette dĂ©pĂȘche s’ajoute un Ă©cho caracassien : un sĂ©minaire acadĂ©mique sur la solidaritĂ© « historique et inaliĂ©nable » entre le peuple haĂŻtien et le Venezuela. L’adjectif est gĂ©nĂ©reux, l’initiative l’est moins. Un sĂ©minaire n’est pas une politique, et la solidaritĂ© proclamĂ©e depuis une salle de confĂ©rence ne pĂšse guĂšre sur le quotidien de Port-au-Prince. Mais le titre a le mĂ©rite de rappeler qu’HaĂŻti n’existe pas seulement dans le regard des puissances qui la surveillent ; elle existe aussi dans les rĂ©cits de ceux qui l’instrumentalisent. Ce sĂ©minaire est moins un acte de soutien qu’un acte de positionnement, dans un contexte rĂ©gional oĂč chacun cherche Ă  inscrire HaĂŻti dans sa propre gĂ©nĂ©alogie.

Puis vient l’accusation. PelegrĂ­n Castillo, dont le titre ne prĂ©cise pas la fonction, attribue aux États-Unis et aux « puissances Ă©trangĂšres » l’effondrement d’HaĂŻti. C’est une thĂšse connue, ressassĂ©e, et le fait qu’elle soit reprise aujourd’hui dans une dĂ©pĂȘche ne lui donne pas plus de consistance. Elle a pourtant ceci d’intĂ©ressant qu’elle inverse le sens habituel de la causalitĂ© : ce ne serait pas l’effondrement qui attire les ingĂ©rences, mais les ingĂ©rences qui produisent l’effondrement. L’analyse mĂ©rite d’ĂȘtre discutĂ©e, pas seulement relayĂ©e. Or le fil international la relaie sans la discuter, comme il relaie tout le reste : en vrac.

Et puis il y a le sport. HaĂŻti-USA en quart de finale de la Ligue des nations, dates connues. C’est la seule information du jour qui ne soit pas un commentaire sur HaĂŻti, mais un fait la concernant directement. Une Ă©quipe haĂŻtienne qui joue, qui se qualifie, qui affronte les États-Unis sur un terrain neutre — voilĂ  une dĂ©pĂȘche qui ne parle ni d’effondrement, ni de solidaritĂ©, ni de responsabilitĂ© Ă©trangĂšre. Elle parle de onze joueurs et d’un ballon. On aurait tort de croire que c’est anecdotique. C’est mĂȘme, dans le lot, la seule ligne qui traite HaĂŻti comme un sujet et non comme un objet.

Le reste, il faut le dire franchement, ne bouge guĂšre. Les mĂȘmes formules, les mĂȘmes postures, les mĂȘmes accusations sans preuves et les mĂȘmes promesses sans titulaires. Ce qui est nouveau, ce matin, c’est peut-ĂȘtre seulement ceci : la formule « solution dirigĂ©e par les HaĂŻtiens » commence Ă  ĂȘtre usĂ©e jusqu’à la corde, et personne, dans les quatre dĂ©pĂȘches du jour, ne propose de la remplacer par une autre. On constate l’épuisement d’un mot d’ordre sans en inventer un nouveau. C’est peu. C’est dĂ©jĂ  quelque chose : le moment oĂč un slogan s’éteint est souvent celui oĂč une politique pourrait naĂźtre. Encore faudrait-il quelqu’un pour s’en saisir.

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