La Guyane française, telle que la presse étrangère la donne à lire aujourd'hui, tient en cinq entrées, et deux d'entre elles méritent qu'on s'y arrête parce qu'elles dessinent, presque malgré elles, un portrait en coupe du territoire. La première rapporte que deux hommes recherchés pour le meurtre d'un jeune Cubain se sont rendus à la police. La deuxième propose un reportage sur la douane, « au cœur du trafic de cocaïne et de l'orpaillage illégal ». Les trois autres — un replay d'émission locale, un village du développement durable qui a réuni quatre cent cinquante élèves à Saint-Laurent-du-Maroni, une météo heure par heure — complètent la liste sans la charger.
Ce qui est nouveau, ce n'est pas que la Guyane apparaisse sous le signe de la violence et de l'illégalité : les éditoriaux précédents ont déjà noté cette pente. Ce qui est nouveau, c'est que les deux récits les plus consistants du jour se répondent sans se parler. D'un côté, un fait divers : un meurtre, des suspects, une reddition. De l'autre, une enquête de fond : la douane, la cocaïne, l'orpaillage. Le premier titre nomme une victime — un jeune Cubain — et deux hommes recherchés. Le second nomme deux fléaux et un corps d'État chargé de les contenir. Entre les deux, il y a un territoire que la presse étrangère ne décrit jamais comme tel : elle le décrit comme un théâtre d'opérations, un point de passage, un lieu où des choses arrivent à des gens qui ne sont pas d'ici ou à des institutions qui ne sont pas d'ici.
Il faut le dire sans détour : la couverture reste mince, et elle reste discontinue. Un fait divers, un reportage, un replay, une initiative scolaire, une météo. Aucun de ces titres ne prétend traiter de la Guyane comme d'un sujet politique, économique ou social de plein droit. Le meurtre du jeune Cubain est rapporté comme un fait divers parmi d'autres, sans que soit posée la question de ce que signifie, pour ce territoire, d'être à la fois terre d'immigration, terre de transit et terre de violence. Le reportage sur la douane, lui, a au moins le mérite de nommer une structure : le trafic de cocaïne et l'orpaillage illégal ne sont pas des accidents, ce sont des économies. C'est la seule entrée du jour qui regarde la Guyane comme un lieu où se jouent des choses durables, et non comme un décor.
Le reste — le village du développement durable, la météo, le replay — relève de la vie ordinaire, et il n'y a pas lieu de s'en plaindre. Mais il faut constater que cette vie ordinaire n'intéresse la presse étrangère que lorsqu'elle prend la forme d'un atelier scolaire ou d'un bulletin météorologique. La Guyane, dans ce miroir, est un territoire qu'on regarde par le petit bout de la lorgnette : un meurtre, un trafic, une école, une température. Jamais un ensemble. Jamais une société qui se pense elle-même. Et si l'on veut être juste, on ajoutera que cette dispersion n'est pas nécessairement le fait de la presse étrangère : elle est peut-être le fait d'un territoire qui, faute d'être traité comme un sujet, finit par n'apparaître que par fragments.